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28 novembre – 2 décembre 2011 : Bilan d’une semaine médiatique

Une fois n’est pas coutume, Prisme Média se lance dans une très rapide analyse d’une semaine médiatique, à savoir ce qui s’est passé dans les médias du 28 novembre au 2 décembre 2011. Du protocole de Kyoto au calendrier des joueuses de rygby de l’Université Laval, bienvenue dans la société de l’oubli, gracieuseté de l’industrie des médias. 

 

 

 

Kyoto, Attawapiskat, intimidation, garderies et calendrier : Une semaine bien remplie

Le début de la semaine est plus ou moins marqué par l’annonce du gouvernement fédéral de la possibilité que le Canada se retire du Protocole de Kyoto, ce qui génère une couverture relativement abondante. Dans le même temps il est question de la situation dans la réserve d’Attawapiskat, où la Croix-Rouge en est réduite à distribuer des sacs de couchage aux centaines de personnes dont les maisons ne sont pas chauffées. Indignation de l’opposition en chambre. Le train-train (hélas) dira-t-on.

La semaine débute véritablement le mercredi 30 novembre lorsque les médias rapportent le suicide d’une adolescente victime d’intimidation de la part de ses « camarades de classe ». Terminée la crise dans la réserve, il n’est alors plus question que de la disparition tragique de la jeune fille. Il est vrai que le sujet est marquant car nous sommes tous concernés : Qui n’a pas été victime ou bourreau dans sa jeunesse? Qui n’a pas des enfants qui font face à ce problème? On entend alors des avis définitifs sur la question : « Il ne faut plus jamais qu’il y ait de l’intimidation à l’école », clame une mère de famille. On pense que le thème marquera durablement l’actualité. On attend la réaction du gouvernement. On est impatient.

Mais tout change radicalement dès le lendemain matin. Un autre scandale touche le Parti Libéral : On apprend que

Québec a rendu publique mercredi la liste des 85 projets de CPE et de garderies privées rejetés par les fonctionnaires mais tout de même choisis par Mme Courchesne. Au cours de la période des questions à l’Assemblée nationale jeudi, le député péquiste Nicolas Girard a indiqué que, des 38 projets de garderies privées retenus, les deux tiers, 25, provenaient de donateurs libéraux. Le PQ estime que 42 donateurs libéraux sont liés aux 25 projets. Ils ont versé au total 292 480$ à la caisse du Parti libéral entre 2003 et 2008. Par exemple, Michelle Courchesne a donné le feu vert à deux projets de garderies liés aux frères Cola, qui étaient propriétaires de l’abattoir Colbex et qui ont donné, avec des membres de leur famille, 141 500$ au PLQ (La Presse, 1er décembre 2011).

Immédiatement, le sujet de l’intimidations scolaire est oublié et il n’est plus question que de ce scandale. Là encore, on se dit que tout cela aura des suites. Très vite, la tête de la ministre est demandée. Les journalistes ne lui donnent plus que quelques heures tant le scandale leur semble énorme : « Tout s’est passé dans son bureau » entend-on partout. De nouveau, on semble parti pour des jours, voire des semaines.

 

La société de l’oubli

Mais voilà, un autre sujet, beaucoup plus important, allait survenir le jour-même dans l’après-midi : Le calendrier des joueuses de rugby de l’Université Laval. On apprend en effet que « après avoir accepté l’idée, l’Université Laval a bloqué un projet de calendrier des joueuses de rugby du Rouge et Or » (La Presse, 1er décembre 2011). Toutes affaires cessantes, les médias ne parlent plus que de cela : Ces photos nuiront-elles à la carrière des jeunes filles? Les plus éminents journalistes sont pressés de répondre à cette question cruciale. Du coup, madame Courchesne obtient un certain répit tandis que le dossier de l’intimidation semble dater d’une autre époque.

Nous avons l’exemple dans cette semaine de ce que les médias font bien sur habituellement, mais marqué de manière encore plus caricaturale : L’emballement pour de nouveaux sujets en oubliant systématiquement les thèmes auxquels on semblait donner une priorité majeure quelques instants plus tôt. Sans parler des choix de sujets qui sont de plus en plus pathétiques diront certains, on se rend compte que la presse, qui dénonce elle-même notre « société de l’oubli », en est le principal artisan.

Quand on est conscient de cela, peut-on être surpris que les médias soient en crise?