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Inondations du Richelieu : les médias ont-ils tout dit?

Inondations de la rivière Richelieu et du Lac CamplainLa pluie! C’est la faute à la pluie! Les habitants vivant dans les environs du Lac Champlain et de la rivière Richelieu ont les pieds dans l’eau et selon les médias, la faute est due exclusivement aux fortes précipitations. Mais ne serait-ce pas eux qui se précipitent un peu vite en dénonçant un seul coupable qui a bon dos? Si les inondations sont bien sur dues à une pluie incessante, il n’en reste pas moins que si l’homme s’était montré plus raisonnable, les conséquences auraient été moindres.

 

Inondations du Richelieu : seulement la faute de la pluie?

Pendant des semaines, ce fut la même litanie dans les médias : des précipitations presque record ont eu pour conséquence d’élever le niveau du Lac Champlain, ce qui a vu du même coup le Richelieu débordé, puisque c’est par cette rivière que s’évacue l’eau du lac. La question classique était : « Alors Jocelyne (ou n’importe quelle autre personne présentant la météo), quelles sont les prévisions pour les prochains jours? Comment expliquer ces inondations, a-t-il trop plu? A-t-on connu des records? » Et Jocelyne de répondre invariablement : « Ce ne sont pas des records, mais oui il a énormément plus et cela explique ce que l’on voit présentement ».

Fermez le banc, Jocelyne a trouvé toute seule le coupable : les fortes pluies!

Pendant des semaines, ce ne fut que cela… Il n’y a qu’à deux moments au cours desquels les médias, de tout ce que j’ai suivi (mais je n’ai pu tout entendre, lire ou écouter tant la couverture a été énorme), ont tenu un discours légèrement différent : Désautels sur la Première chaîne de Radio-Canada, lorsqu’il a interviewé une spécialiste des milieux humides, et François Cardinal, de La Presse, qui a dénoncé le développement immobilier qui a débouché sur la construction de nombreuses maisons en zone inondable.

 

Derrières les inondations, l’homme

En fait, il suffit d’écouter l’entrevue de Kim Marineau, biologiste, spécialiste des milieux humides, par Désautels, pour comprendre déjà mieux : si l’homme n’avait pas aussi mal géré le territoire en réalisant du développement immobilier et économique de manière aussi irresponsable, les conséquences des « fortes pluies » auraient été bien moindres. La preuve? La crue de 2011 dépasse de plus de 1 pi, soit environ 40 cm, les records de tous les temps alors que le Lac Champlain est observé depuis 1827 (source La Presse, 5 juin 2011)!

En détruisant de nombreux milieux humides, c’est tout le système d’écoulement des eaux qui s’est trouvé bouleversé. Ceux-ci agissent comme des éponges : quand il pleut, ils retiennent l’eau. Inversement, ils la restituent graduellement lors des périodes de sécheresse, ce qui permet d’éviter l’assèchement des cours d’eau. Si vous les remplacez par des maisons, des routes et des stationnements en asphalte, l’eau, au lieu d’être retenue va au contraire ruisseler, pour ne pas dire dévaler, et arriver directement dans la rivière ou le lac, provoquant une hausse rapide des eaux.

Et il n’y a pas que la destruction des milieux humides qui soit en cause : les coupes d’arbres sont également à blâmer. Ceux-ci permettent en effet de « fixer » l’eau. Mais pour faire de nouveaux quartier, des champs plus grands et augmenter les rendements, on n’hésite pas à couper ces éléments gêneurs.

Mais il y a encore pire : « le redressement des cours d’eau ». Pour rendre les choses plus pratiques, de plus en plus de petits cours d’eau sont redressés à la pelle mécanique. Le but est de les rendre plus droits, ce qui permet d’augmenter les surfaces cultivables et d’augmenter leurs débits. Ainsi, plutôt que de provoquer de petites inondations sur les bords des champs lors de fortes pluies, l’eau est directement expédiée dans la rivière. Comme les débits augmentent, d’importants embâcles se créent au printemps, provoquant des inondations, ce qui force les municipalités à envoyer d’autres pelles mécaniques dans la rivière pour briser la glace!

Quand on est rendu à envoyer des pelles mécaniques dans les rivières, c’est que quelque chose ne va pas…

Bref, l’aménagement du territoire est complètement à revoir. Il va falloir protéger les milieux humides existant et en recréer. De nombreuses maisons situées en zones inondables vont être démolies. Il est à espérer que cette inondation reste dans les mémoires longtemps mais il est fort probable que dans moins d’une dizaine d’années, on recommence à bâtir près des berges dans des zones inondables, un grand classique! En fait, je ne croyais pas si bien dire : à la surprise générale, le gouvernement vient d’autoriser la reconstruction en milieux inondables. C’est tout simplement surréaliste! Avec des gestionnaires pareil, comment s’étonner que les ponts s’effondrent, que tout le pays s’écroule?!!

En France, tout cela est connu depuis les années 1990 lorsque soudainement des inondations de grandes ampleur commencèrent à se répéter quasiment tous les ans.

 

Pas de coupable

Comme dans le cas du Pont Mercier, la presse qui est toujours si prompte à trouver les coupables, n’a cette fois-ci non plus trouvé personne à blâmer, si ce n’est la pluie! Le gouvernement et les élus locaux peuvent donc dormir tranquille. Tout comme les promoteurs immobiliers, qui vont pouvoir continuer à bétonner et asphalter en toute quiétude.

Du coup, la catastrophe risque de se reproduire. En effet, s’il a beaucoup plus ce printemps, les chutes de neige de l’hiver avaient été dans la moyenne. En fait, il est surprenant que cette catastrophe ne se soit pas produite plus tôt. Mais des « petits miracles » avaient jusque -là retardé l’échéance. Ainsi, les hivers 2008 et 2009 avaient été exceptionnels par le volume de neige tombé et en avril et mai, lacs et cours d’eau étaient au plus haut. Mais miraculeusement, pas une goûte de pluie n’était alors tombée. Je me rappelle encore de Pascal Kouvarakis, qui présente la météo à Radio-Canada, et qui répétait que cette période de sécheresse était du jamais vu. Heureusement! Sinon les inondations vues ce printemps auraient déjà eu lieu.

Il est donc fort à craindre que le phénomène ne se reproduise. Mais cela n’empêche pas gouvernement et élus locaux de refaire les mêmes erreurs, comme si rien ne s’était passé! Heureusement, les médias ont trouvé la solution : la technologie va nous sauver. Il suffira de mettre en place un évacuateur de crue (La Presse, 5 juin 2011) :

Un barrage avec évacuateur de crue pourrait être réalisé dans les rapides de Saint-Jean, au centre de Saint-Jean-sur-Richelieu. Le fond de la rivière serait creusé pour augmenter le débit. Cela permettrait de baisser au besoin le niveau du lac d’environ 30 cm, tout en étalant le pic de crue sur plusieurs jours.

Et voilà le travail! Il est vrai qu’il est beaucoup plus simple et moderne de creuser le fond du fleuve plutôt que d’éviter de construire de manière anarchique…