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Médias et communautés culturelles

Dans un billet précédant, je traitais de la représentation des minorités dans les médias québécois. Trop peu de journalistes sont issus des communautés culturelles tandis que le discours médiatique traitant des personnes issues de l’immigration est inadéquat. C’est sur cette problématique qu’ont penché d’éminents décideurs de la télévision lors de la 4ème assise-Lys de la diversité organisée par l’agence de presse MédiaMosaïque et tenue à Radio-Canada. Directeurs généraux et directeurs de l’information ou des programmes se sont succédés au micro. Sont-ils conscients du problème? Oui. Veulent-ils faire évoluer les choses? Oui. Y arriveront-ils? C’est la question. Car le moins que l’on puisse dire, c’est que si la route est droite, la pente est dure. 

Un panel d’invités impressionnant

Lorsque l’on est issu d’une minorité et que l’on regarde les médias québécois, on aurait tendance à croire que ces derniers ne se préoccupent pas du problème de la représentativité des communautés culturelles. Rien de plus faux semble-t-il! En effet, Donald Jean, le président de Média-Mosaïque, a réussi « l’exploit » de faire se réunir à Radio-Canada (!) plusieurs dirigeants hauts-placés de la télévision québécoise. On notera tout particulièrement la présence de :

  • Louise Lantagne, directrice générale de la Télévision française de Radio-Canada
  • Alain Saulnier, directeur général de l’Information de Radio-Canada
  • Michèle Fortin, présidente-directrice générale de Télé-Québec
  • Jean-Pierre Laurendeau, vice-président à la programmation Canal D (Astral Média)

On regrettera qu’aucun membre de Quebecor n’ait été présent. Mais il n’empêche : Réussir à réunir des personnes aussi influentes dans un lieu aussi prestigieux n’a rien d’anodin et tend à prouver que la question de la représentation des personnes issues de l’immigration est un sujet qui leur tient à coeur. Il est donc permis d’espérer qu’à terme une prise de conscience grandissante voit la situation s’améliorer.

 

La deuxième pierre à l’édifice

Il est bien sur permis de rêver. D’espérer que suite à cet évènement, les deux principaux problèmes soulevés par le public (l’accessibilité aux minorités à des postes de qualité dans les médias, une évolution du discours de presse, actuellement trop centré sur les faits-divers et donc négatif pour les communautés culturelles) se régleront peu à peu. D’autant qu’il faut voir cet évènement comme une « deuxième pierre » à l’édifice. La première a été posée lorsque Donald Jean a réussi à créer cette sorte d’états généraux sur la diversité dans les médias avec la tenue de la 1ère assise-Lys de la diversité. Aujourd’hui, on bâtit les fondations de l’immeuble. La construction sera longue et difficile mais il ne faudra pas fléchir. Car ce ne sont pas les personnes dans le public qui bénéficieront de ce travail mais les générations futures.

 

Une mission très difficile

Il s’agit donc d’un travail essentiel, sachant que l’on part d’assez bas : Un membre du public faisait ainsi remarquer cruellement que bien que nous étions à Radio-Canada, en présence de ses directeurs les plus influents, aucune caméra de Radio-Canada n’était présente dans la salle. Un ange est passé… Et aux bulletins de nouvelles, pas une seule mention. Il y a encore du travail!

 

Du problème de la mesure des auditoires comme enjeu de la représentation des communautés culturelles dans les médias

Il faut dire que le mandat auquel s’atèle Donald Jean est gigantesque : Les médias répondent aux demandent des citoyens en leur livrant les nouvelles, les programmes et les gens qu’ils désirent voir ou entendre. Et que désire voir un québécois? Du soccer? Un télé-roman avec des personnes issues de communautés culturelles? Sans doute pas. Ce public étant majoritaire, les grands médias font donc peu d’efforts et restent extrêmement conservateurs (comme l’a montré l’intervention du directeur des Sports de Radio-Canada, j’y reviendrai dans un autre billet). D’autant que ce problème est renforcé par les méthodes de mesure de l’audience. Comme l’ont noté plusieurs panélistes provenant de médias multi-ethniques, les minorités ethniques et les autochtones ne sont pas pris en compte par les organismes de mesure de l’audience comme BBM. Résultat : Leur poids est réduit à néant et les grands réseaux ont beau jeu de dire qu’ils offrent au public ce qu’il demande.

Une réforme de la mesure de l’audience est donc nécessaire. Mais le message parviendra-t-il aux oreilles des personnes concernées? On peut en douter. Du coup, c’est 18% des montréalais qui se retrouvent avec des médias qui ne leur conviennent pas. Le résultat : Une épidémie de paraboles (très souvent illégales comme le notait je crois le directeur général de l’Information de Radio-Canada, qui doit certainement craindre le phénomène) et une grande consommation d’Internet qui permet aux personnes d’origine étrangère d’avoir accès à des médias qui répondent à leurs attentes. On déplore le streaming, mais il faut bien réaliser que l’offre de la télévision québécoise aux communautés culturelles est tellement réduite que ceux-ci n’ont pas le choix de se tourner vers cette solution. Le danger de tout cela est que les communautés culturelles restent repliées sur elles-mêmes et ne connaissent rien ou presque du monde qui les entoure.

Il y a encore beaucoup à dire, en fait on pourrait écrire un livre sur le sujet sans difficulté. Je me contenterai de publier prochainement un autre billet revenant succinctement sur la présentation de chacun des participants. Mais déjà on peut saluer cet évènement qui en regroupant des personnes influentes de la télévision pourrait permettre à terme de faire évoluer les choses.